Vendredi 9 et samedi 10 novembre. Marie Vialle lit Triomphe du temps de Pascal Quignard
Souvenez-vous Le Nom sur le bout de la langue; en novembre 2006, Marie Vialle nous avait charmés avec trois récits suaves de Pascal Quignard. Elle nous revient vaillamment, seule sur le plateau (son compagnon de jeu Lam Truong, s'étant éteint cet automne) pour nous lire tout ou partie des quatre contes qui constituent Triomphe du Temps; et s'en détacher, tant sa maîtrise de ces textes et sa proximité avec Pascal Quignard et son univers sensuel précieux savant, coulent de source...

théâtre

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Pascal Quignard - Marie Vialle

Cie Sur le bout de la langue

TEXTE
Pascal Quignard, Éd. Galilée
Mise en scène et jeu

Marie Vialle, LamTruong

Lumière Jean-Claude Fonkenel | Costumes Cécile Kretshmar | Scénographie Sallahdyn Khatir | Réalisation musicale Pierre Avia | Régie générale Pierre Grasset | Assistante à la mise en scène Juliette Flipo

Triomphe du temps

Encore sous le charme du Nom sur le bout de la langue (automne 2006), comme surpris, bercés, touchés, nous réemboîtons le pas à cet écrivain savant et sensuel et à cette comédienne mutine et diablement mystérieuse ; enjôlé(e)s / engeôlé(e)s…
Contes donc, le plus souvent bouleversants :
• celui-là où un homme tomba amoureux de la fille de son meilleur ami (au final, Saraband de Bergman n’est pas loin…),
• celui-là où le précepteur du jeune Racine alors âgé de onze ans s’assoupit devant la cheminée pour deviser en rêve avec Virgile ; ce que le jeune garçon s’empressera de vérifier…,
• celui-là où le jeune homme échappé du royaume des morts demande pain et cheval à une épouse-bonne-âme qui, par là même, prend des nouvelles de sa mère défunte…

Pascal Quignard :
Né en 1948, il publie son premier essai L’Être du balbutiement en 1969. Il reçoit de nombreux prix, dont le Goncourt en 2002 pour Les Ombres errantes (premier volet de la trilogie Dernier Royaume publié chez Grasset). Ses romans Tous les matins du monde et L’Occupation américaine ont été adaptés au cinéma par Alain Corneau. Violoncelliste, il fonde aussi en 1990 le Festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles.
Nous vous recommandons chaleureusement, outre les contes évoqués, la lecture de :
Vie secrète, Éditions Gallimard
Les Escaliers de Chambord, Éditions Gallimard
Sordidissimes, Éditions Grasset
Les Paradisiaques, Éditions Grasset
La Frontière, Folio 2572.

« J’ai écrit cette suite de contes un peu comme des suites baroques pour violoncelle.
[…]
Le conte n’est pas quelque chose de complètement humain, c’est souvent aussi à moitié animal.
[…]
J’écris pour Marie Vialle que j’admire. Désormais nous cherchons ensemble quelque chose que j’ignore. J’écris pour le théâtre que j’aimerais entendre, c’est-à-dire un endroit où l’on parle la langue de façon très intense et qui ne soit pas du tout naturaliste. Je n’écris pas pour un genre. Je n’écris ni pour la philosophie, ni pour le roman, ni pour le théâtre. J’écris pour être le plus intense possible.
[…]
Quant à la présence d’un comédien auprès de Marie, il faut se souvenir que dans le chamanisme, il y a toujours deux officiants. Il y a celui qui s’en va dans la transe et celui qui reste et qui permet à l’âme qui a voyagé de revenir. On l’appelle l’acolyte ou parfois le linguiste, ou le porte-bâton. Il y en a un qui voyage et l’autre qui parle. Pas du tout comme le mime et l’acteur. Il y a vraiment celui qui reste sur terre et qui rapatrie. La transe, c’est une très vieille fonction divisée par deux. »

[Pascal Quignard]

« Dans chaque maison tout recoin a ses larmes.
La main sur ma queue dressée, je pleurais. »

« Jamais avant qu’elle eût passé ses quatre-vingts ans elle n’avait touché ma peau. »

« Je ne sais pas pourquoi les voix aiguës des enfants lui poignaient le cœur. »

« Elle lui expliquait qu’elle vendait des livres.
– On achète encore des livres ? demanda-t-il.
– Énormément. »

« Quand il fut sur elle et qu’il désira l’embrasser, elle le repoussa, disant :
– Vous êtes devenu trop lourd pour mes os. »

« […] Puis il éteignit. Ils s’endormirent.
Ils vécurent ensemble. Ils moururent ensemble. »

« Il trionfo del tempo. Triumph of Time.
Tel est le titre de la dernière œuvre de Haendel aveugle. Son visage était devenu une poignée de rides. »

« Maman quand elle n’en pouvait plus montait dans le grenier pour crier.
Elle faisait comme cela :
– Attention, je vais crier un peu plus fort.
Elle faisait comme cela. »

« C’était un temps où on disait Monsieur aux mendiants et où on témoignait du respect pour les morts. C’était un temps où on disait Monsieur aux enfants et où on leur enseignait les morts. »

« – Et les vivants sont-ils toujours aussi rares sur la terre ? »

« – Quand j’étais petit garçon, l’angoisse était si forte que je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Je me touchais des heures durant. Je tournais la tête sans finir. Je ne dormais pour ainsi dire pas. Je ne parlais pas. Je lisais, je me touchais, je lisais, je me touchais. »

« Les jours de tempête je me levais, je poussais les rideaux, je regardais par la fenêtre pendant des heures. Je regardais jusqu’à tomber sur les genoux devant la fenêtre pour regarder encore. Qui a plus adoré la mer que moi ? Qui a plus adoré les tempêtes dans la nuit ? »

« L’océan était blanc dans le noir. »

« Le cheval portait deux sacoches en cuir damasquiné, rouge d’un côté, de l’autre jaune, contre ses flancs. Les premières regorgeaient de pièces d’or. Les deux autres étaient remplies de rubis montés. »

[Pascal Quignard]
inTriomphe du temps

LA PRESSE :

Pascal Quignard : l'intégrité d'une parole, de Christophe Kantcheff
- Le Matricule des Anges - février 1995


Mémoire du corps, de Pascal Quignard
- Le Matricule des Anges - fev. 1995

« La conteuse aux pieds nus ; un moment de grâce, entre beauté et effroi. MarieVialle, légère,
longue et brune charmeuse,
s’éprit des contes de Pascal Quignard et en fit un premier spectacle miraculeux. La revoici entre beauté et sauvagerie, entre grâce et monstruosité; elle est l’humanité émerveillée. Et de sa diction presque enfantine surgit une grâce infinie, comme pour mieux brouiller les pistes de ce parcours édénique et infernal, à rendre jaloux les dieux antiques. »


[Gilles Costaz]

«MarieVialle fait vibrer le texte de sa grâce lumineuse; Lam Truong, comédien singulier, fraie silencieusement avec l’onirisme ; Quignard, au-delà de sa culture
antique et classique, se promène sur des chemins escarpés entre la vie et la mort ; de simples accessoires de théâtre deviennent instruments surnaturels d’un merveilleux scénique ouvert à la beauté de métamorphoses
sensuelles. Oui, MarieVialle est une vraie fée qui a bu pour nous le philtre de l’enfance éternelle.»


[Véronique Hotte]

« Il y a une femme, longue, grande ; et un homme, tout petit ; ils se comprennent par gestes,
par signes. Ces contes étranges pour enfants pas sages, d’une grande délicatesse, leur univers ouaté, tout procède d’un travail d’orfèvre. »


[Marie-Josée Syrack]

« On se souvient de la jeune actrice fragile et nue derrière son violoncelle, poussant devant elle
un à un lesmots de l’écrivain,
comme pour leur prêter vie ; un petit bijou. Même atmosphère remplie de mystères, de nuit et de fantômes ; avec cette fois à ses côtés un acteur vietnamien à la présence toujours surprenante et à l’apparition magique. »


[Maïa Bouteillet]

« Chaque livre de Quignard est une aventure, pour ses lecteurs
comme pour lui ; inclassable
royaume où l’on se promène avec un égal sentiment d’émerveillement et de perte, comme en un cabinet de curiosités, fait de pensées, lectures, souvenirs… »


[Fabrice Gabriel]

« Incandescence sexuelle et dimension fantastique
merveilleusement mise en valeur ; des mots si beaux qu’ils enjôleront longtemps les oreilles de ceux qui… »

« La comédienne se fait
chatte ou femme,fille ou
mère chanteuse ou plaignante
; lui en contrepoint
idéal. »

Résidence de création et production déléguée Les Subsistances / Lyon / France / 2006 | Coproductions Théâtre de Nîmes, Théâtre Garonne, La Comète – Scène Nationale Châlons-en-Champagne, Théâtre de la Bastille, Arcadi. | Photo : Michel Labelle, avec l’aimable autorisation du Théâtre de la Bastille

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