Entretien avec Maëlle Poesy

Sous d’autres cieux est une adaptation de L’Éneide, ce voyage initiatique chanté par Virgile. D’où vient votre envie de monter ce mythe au plateau ?

Je souhaitais continuer à travailler autour du voyage, un thème que j’avais déjà abordé dans un précédent spectacle « Candide », sur la notion de frontière et de transformation. Je voulais également aborder la notion d’exil. C’est aussi venu de rencontres que j’ai faite l’année ou on a préparé le spectacle au Centre Primo Levi. J’ai entendu les gens qui ont un vécu un exil il y a longtemps ou très récemment et qui me parlait de cette sensation d’être toujours entre une réalité, un quotidien et une sensation de vivre dans une mémoire qui envahit parfois la vie. Ils mélangent les espaces temps et ne savent plus très bien où se situe la réalité. Parfois il y a aussi une mémoire traumatique qui peut se mettre en place, là le fantasme prend le pas sur la réalité. J’ai été bouleversé par ces rencontres et en relisant ce mythe sur le voyage, sur la traversée des pays, sur la multiplicité possible des origines et sur le métissage : on n’a pas une seule origine, mais une multitude et que de ces multitudes d’origines se recréent des cultures et des sociétés.

 

 

Pour ce spectacle vous avez retraduit certains fragments de L’Énéide avec votre complice, le dramaturge et auteur Kevin Keiss. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? 

Ce choix de retraduire a été fait pour donner à ce texte une valeur organique et une valeur de plateau et rendre cette langue poétique et intelligible pour raconter cette histoire. Il y a aussi une part d’écriture de notre part pour ajouter et transformer des choses. L’Énéïde n’est pas sous forme de dialogue donc il faut réinventer, réadapter certaines séquences pour les donner sur le plateau.

 

L’Énéide est le récit d’un exil qui donne la parole aux vaincus. Que nous dit-il de notre monde d'aujourd’hui ?

Ce texte permet d’éclairer notre monde à la lueur de ce qui pouvait se dire ou se faire à une certaine époque et ça pose la question de l’origine. La société romaine s’est fondée sur l’idée qu’il fallait absolument venir d’ailleurs pour être d’ici. Il y avait une crainte dans la fondation même de Rome qui était celle de l’entre soi. C’est ce qui a permis à l’Empire Romain de s’étendre, d’avoir cette capacité à accepter d’autres civilisations et de trouver un moyen de les intégrer à la société qui était en train de se construire. Ça peut éclairer notre manière de fonctionner aujourd’hui qui n’est jamais une vérité de tout temps. On a tendance à penser que les sociétés actuelles et les manières dont elles fonctionnent sont des logiques absolues de tout temps mais pas du tout, ça reste des fonctionnements et des choix.

 

 

Vous avez mis l’accent sur le rapport des exilés à la mémoire. Vous avez pour cela notamment rencontré des scientifiques spécialisés sur le sujet, ainsi que  des médecins et psychanalystes travaillant avec des réfugiés. Qu’en est-il ressorti ?

Ce qui est intéressant dans le rapport scientifique à la mémoire c’est le rapport au sens. C’est quelque chose que j’ai beaucoup utilisé dans la mise en scène : comment on évoque un souvenir ? quels sens on utilise ? Quelle subjectivité on créé ? Ce sont des moteurs de plateau très forts de traduction scénique, par exemple de travailler avec la lumière, avec le son, avec la sensation. Et comment avec une sensation on peut faire revivre à quelqu’un un souvenir.

 

Une part belle est donnée au mouvement, à la chorégraphie, quel rapport entretenez-vous avec la danse et qu’avez-vous voulu qu’elle apporte à ce spectacle ?

J’ai été formé en danse avant de faire du théâtre. C’est un travail que j’aime énormément faire avec des danseurs ou avec des acteurs. C’est une formidable façon de métaphoriser le voyage et de travailler sur le mouvement, sur le groupe, la ténacité, la volonté, l’épuisement, le recommencement, la sensation d’infini. Le voyage est le cœur de la pièce, il fallait donc trouver une traduction scénique qui permette d’en rendre compte. La chorégraphie créée aussi de la sensation, de l’émotion pour le spectateur et elle laisse une part belle à l’imaginaire.

 

Que peut-on vous souhaiter ?

De continuer à raconter des histoires qui éclairent des choses qu’on pense trop souvent figées, acquises et re-questionner les évidences par le sensible.

Equinoxe

Scène nationale de Châteauroux
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Mardi & Jeudi de 14h à 18h

Mercredi & Vendredi de 13h à 18h

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cinéma l’Apollo

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