conférence

samedi 14 avril 18H
auditorium de la médiathèque


Renseignements et réservations au 02 54 08 34 34

Michelle Perrot, historienne

Les Chambres



La chambre, la nuit, le jour

Premier rendez-vous

Avril 2012 verra démarrer le chantier de la nouvelle création de Jeanne Champagne (Écrire, La maison, Eden Cinéma) : un voyage intime et littéraire dans l'univers de la chambre. Une première lecture sera présentée au public le samedi 14 avril à la Maisonnette (de la culture) à 14h et à 16h.

Entrez dans la chambre

Michelle Perrot

À cette occasion nous invitons Michelle Perrot, historienne de renommée internationale, qui a obtenu en 2009 le prix Femina Essais, pour son ouvrage Histoire de Chambres. Elle donnera une conférence intitulée : Entrez dans la chambre à l'Auditorium de la Médiathèque à 18h. Gratuit


Biographie de Michelle Perrot :

Professeur émérite de l’Université Paris VII – Denis Diderot, où elle a effectué une grande partie de sa carrière après avoir quitté la Sorbonne au début des années 1970.

Agrégée, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Ordre national du Mérite, elle est spécialiste du XIXe siècle.

Elle a notamment travaillé sur les mouvements ouvriers (Les ouvriers en grève, Mouton, 1974, sa thèse d'État dirigée par Ernest Labrousse), les enquêtes sociales, la délinquance et le système pénitentiaire (sur cette question, ses principaux articles ont été réunis dans Les ombres de l’histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle, Flammarion, 2001), collaborant avec Michel Foucault et animant de 1986 à 1991 avec Robert Badinter un séminaire sur la prison sous la Troisième république à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales2.

Mais Michelle Perrot a surtout contribué à l’émergence de l’histoire des femmes et du genre, dont elle est l’une des pionnières en France. Elle a notamment dirigé, avec Georges Duby, l’Histoire des femmes en Occident (5 vol., Plon, 1991-1992) et a publié l’ensemble de ses articles sur la question dans Les femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 2001.

Michelle Perrot a longtemps collaboré au quotidien Libération; elle produit et présente Les Lundis de l'Histoire sur France Culture. Elle est membre du Conseil national des programmes et a été membre du Conseil National du Sida3.

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

«Bien des chemins mènent à la chambre : le sommeil, l'amour, la méditation, Dieu, le sexe, la lecture, la réclusion, voulue ou subie. De l'accouchement à l'agonie, elle est le théâtre de l'existence, là où le corps dévêtu, nu, las, désirant, s'abandonne. On y passe près de la moitié de sa vie, la plus charnelle, celle de l'insomnie, des pensées vagabondes, du rêve, fenêtre sur l'inconscient, sinon sur l'au-delà. La chambre est une boîte réelle et imaginaire.» (Michelle Perrot in Histoire de chambres, Le Seuil)

la presse :

Michelle Perrot: «La chambre, ce tout petit espace qui a tellement d'importance»

TCHAT

Bien des chemins mènent à la chambre: le sommeil, l'amour, la méditation, Dieu, le sexe, la lecture, la réclusion. De l'accouchement à l'agonie, elle est le théâtre de l'existence. A l'occasion de la sortie de son livre «Histoires de chambres» (Seuil), l'historienne Michelle Perrot a répondu à vos questions.

Caillou. A quel moment les communautés humaines ont-elles accédé à un espace privé pour dormir?
Michelle Perrot. Coucher dans un espace privé est un désir très ancien. Bien entendu, ce n'est pas toujours dans une chambre. Le désir est ancien, c'est presque constitutif de la personne et du groupe, mais les formes ont beaucoup variées. Ce qui m'a intéressé, c'est l'histoire de la chambre, la forme moderne du couché.

Lent. Comment vous est venue l'idée de faire le tour de la chambre à coucher?
Cette idée, je l'ai depuis longtemps, en travaillant sur d'autres sujets: l'histoire des ouvriers, l'histoire des femmes, l'histoire des prisonniers. J'ai rencontré souvent la chambre dans mes recherches, je l'ai croisée à un moment donné, j'ai décidé d'en faire un objet central de mon travail. Pour faire le livre en tant que tel, il m'a fallu trois ans. Ce qui m'intéresse dans la chambre c'est le côté infiniment petit. Ce tout petit espace qui tient tellement d'importance, aussi bien dans les existences particulières, la vie des gens, que dans les sociétés. Je me suis sentie un peu comme un scientifique qui étudierait la cellule, j'ai réfléchi comme cela. Je voudrais dire aussi combien j'ai été très frappé de la référence à la chambre dans de très nombreux textes, qu'il s'agisse d'enquêtes sociales, de romans, de la place de la chambre dans la littérature où les héros ne font que rentrer dans leur chambre ou en sortir. Et puis, il y a aussi les traités d'architecture, les revues d'ameublement, de décorations. Autrement dit, il y a beaucoup de documents de toutes natures qui parlent des chambres, ça m'a frappé.

Dodcoquelicot. Pourquoi «chambres» , ne vouliez-vous pas plutôt signifier «lits»?
La chambre est plus vaste que le lit. Le lit est essentiel dans la chambre, je lui donne d'ailleurs beaucoup de place, mais la chambre est un ensemble plus vaste, plus complexe, avec, par conséquent, des fonctions plus nombreuses et plus variées. Autrement dit, l'objet «chambre» est infiniment plus complexe, plus riche que l'objet «lit».

Virginia. Dans les années 60/70, les femmes lisaient «Une chambre à soi» de Virginia Woolf, et revendiquaient un espace à elles. Il semble que ça ne fasse plus partie des priorités des femmes d'aujourd'hui, qu'en pensez-vous?
C'est peut-être parce que les jeunes filles et les femmes ont cet espace à elle, qu'elles le revendiquent moins. Je pense que c'est surtout pour ça.

Thifaine. Se pourrait-il que la chambre à coucher, telle qu'on la connaît disparaisse?
si oui, quel autre espace pourrait-il voir le jour?

La chambre à coucher, telle que nous la connaissons, oui, elle peut disparaître. D'ailleurs, elle disparaît un peu, dans les revues d'ameublement, par exemple. Les designers parlent aujourd'hui de «chambre en souffrance». Souvent les modèles que l'on voit s'inspirent d'avantage du Japon, c'est-à-dire des cloisons, des espaces transformables, les mezzanines. Au fond, actuellement, le lit, bien sûr pas toujours, se dissocie à nouveau de la chambre.

Lucille. Les hommes et les femmes investissent-ils la chambre de la même façon, y-a-t-il des différences, lesquelles?
Les femmes ont investi davantage dans la chambre, plus que les hommes. D'abord parce qu'elles étaient davantage dans la maison, tandis et les hommes étaient à l'extérieur, dans l'espace public. Les femmes cherchaient davantage à avoir un espace à elle, à l'intérieur de la maison. Mais beaucoup d'hommes ont eu le même désir, en particulier tous ceux qui ont un rapport avec le livre, l'écriture. Il y a un rapport étroit entre la chambre et l'écriture, et la lecture. Enfin, les hommes et les femmes se retrouvent dans la chambre, éventuellement, pas toujours.

Momo. Sous l'ancien régime les rois recevaient dans leur chambre, et l'on parle de la «chambre du roi» de Louis XIV. A quel moment cette habitude des souverains a-t-elle été prise, savez-vous pourquoi ils ont fait ce choix, à quel moment?
Cela date du Moyen Age, vers XIIIème, XIVème siècle, on voit un roi, un Charles, qui distinguait la «chambre de retrait» de la «chambre de parade». Ce roi, Charles, malade, se retire dans sa «chambre de retrait», mais quant il se sent mourir, il demande qu'on l'installe dans sa «chambre de parade» parce que sa mort est un événement public.

Bensvl71. Les chambres à coucher sont-elles considérées différemment selon les cultures autour du monde?
En Extrême orient il y a un rapport très différent à la chambre à coucher. Dans les cultures africaines également. Mon livre est surtout relatif à l'histoire de la chambre dans la culture occidentale, depuis les Grecs. On peut dire que dans la culture gréco-latine il y a déjà cette idée de chambre pour le repos. Donc, bien avant le Moyen Age. Il ne faut pas oublier par exemple que le mot chambre vient du mot grec «camara», qui désigne un lieu où l'on dort avec des camarades - «ceux avec lesquels je dors». C'est un peu une chambrée.

Dodcoquelicot. Et le jeu ? Comment percevez-vous le fameux «Va jouer dans ta chambre ?»
Ça suppose d'abord qu'il existe une chambre d'enfant. La chambre d'enfant est relativement récente, en gros depuis le XVIIIème siècle, dans les classes aisées. Ensuite, ça indique aussi une punition, «va jouer dans ta chambre», c'est un peu «fiche-nous la paix», «va chez toi», ne pas oublier la petite fille de Victor Hugo: «Jeanne était au pain sec, dans un cabinet noir». Le cabinet noir n'est pas forcément la chambre de l'enfant. Il y a eu au XIXème et XXème siècle une forme de punition pour les enfants, qui était l'enfermement dans le cabinet noir, à la maison. Cela existait encore, par exemple au Québec, il y a une trentaine d'années. C'est encore une forme de punition, il y a eu toute une campagne contre ça.

Marianne. Avez-vous écrit votre livre dans votre chambre?
Est-ce dans cette pièce que vous puisez votre principale inspiration?

J'ai écrit mon livre dans un petit bureau, à côté de ma chambre, mes expériences de chambre ont joué un rôle dans l'écriture de ce livre. Je pense que chacun a ses expériences de chambre.