Le spectacle sera créé au Théâtre de Nîmes en novembre 2011. |
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Avec
Olivier Werner
Julien Barret
Valentin de Carbonnières
Frédéric Cuif
Guillaume Rannou
Jean Boissery
Thomas Condemine
Fany Mary
Océane Mozas
Laure-Lucile Simon
Collaboration artistique : Marion Bernède
Scénographie : Damien Caille-Perret
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Lumières : Joël Hourbeigt
Son : Jean-Damien Ratel
Maquillages : Catherine Saint-Sever
L’œuvre littéraire de Marieluise Fleisser est mal connue en France. Redécouverte par Fassbinder dans les années 1970, elle est au contraire reconnue comme un écrivain majeur en Allemagne. Elfriede Jelinek a dit d’elle qu’elle est « le plus grand auteur dramatique féminin du XXe siècle ». Elle n’a pourtant laissé derrière elle qu’une poignée de pièces de théâtre (publiées en France aux éditions de l’Arche), longtemps éclipsées par celles de Bertolt Brecht dont elle fut la compagne durant six ans (1924-1930). Leur vie berlinoise au centre de l’avant-garde artistique se termina pour elle par une tentative de suicide et un renoncement à l’écriture. Ce n’est qu’après la fin de la guerre et du nazisme que Marieluise Fleisser retrouva la force de reprendre son œuvre.
Formé à l’INSAS de Bruxelles et au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, il a connu le succès dès son premier spectacle, créé au Quartz de Brest en 1995 : sa mise en scène d’Un Mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev remporte le Prix Georges Lerminier du Syndicat de la critique dramatique. Depuis il a mis en scène Il ne faut jurer de rien d’Alfred de Musset (1996), L’Éveil du printemps de Frank Wedekind (1997), Yvonne, Princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz (1998), La Fausse Suivante de Marivaux (1999), La Princesse Maleine de Maurice Maeterlinck (2001), un diptyque Labiche : Edgard et sa bonne & Le Dossier de Rosafol (2003), Oncle Vania de Tchekhov (2004), Conversation chez les Stein sur Monsieur de Goethe absent de Peter Hacks (2005), Dommage qu’elle soit une putain de John Ford (2006), un diptyque Claudel : Partage de midi & L’Échange (2008/2009), Le Canard sauvage d’Henrik Ibsen (2009), Lorenzaccio de Musset (2009), le Récit de la servante Zerline de Hermann Broch (2010), On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset (2011).
Depuis quelques années Yves Beaunesne est également sollicité à l’opéra : Werther de Jules Massenet (Opéra de Lille, 2006), Rigoletto de Verdi (Opéra de Lille 2008 et Opéra de Dijon 2010), Così fan tutte de Mozart (Maison de la Culture de Bourges 2009 et tournée en France et à l’étranger), Orphée aux Enfers d’Offenbach (Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence et tournée). Il a, parmi ses projets d’opéra, Carmen de Bizet à l’Opéra Bastille et Madame Butterfly de Puccini au Grand Théâtre de Luxembourg.
Yves Beaunesne a été nommé en 2011 directeur du Centre dramatique régional de Poitou-Charentes.
CRITIQUE / Pionniers à Ingolstadt
Faut-il monter Pionniers à Ingolstadt ? Oui, si l’on s’en tient à la qualité du spectacle mis en scène par Yves Beaunesne et à la puissance d’un texte surprenant.
Etonnant. Pionniers à Ingolstadt est un texte étonnant de Marieluise Fleisser, auteure très peu connue en France et panthéonisée outre-Rhin, qu’à titre d’exemple Elfriede Jelinek a qualifiée de « plus grand auteur dramatique féminin du 20ème siècle ». Originaire d’Ingolstadt, elle fut également compagne de Bertolt Brecht, à cette même période où elle écrivit cette singulière chronique dont l’action se situe dans son village natal. Des pionniers, soldats du génie, arrivent dans la bourgade bavaroise pour y construire un pont. Entre-deux guerres oblige, les hommes sont rares et le prestige de l’uniforme joue à plein sur les jeunes filles. Dans une brasserie où le désir palpite - presque aussi fort que dans la maison de Bernarda Alba – trois demoiselles s’offrent chacune à leur manière aux soldats de passage, tandis que le fils du tenancier, selon son père « incapable d’initiative et de volonté », cherche désespérément à séduire la serveuse qui se refuse à lui. Désir et sentiments s’entremêlent selon des règles millénaires que Marieluise Fleisser traduit avec une violence incisive. « L’un veut devenir maître de l’autre, l’autre veut bouffer l’autre ».
Des formes figées des rapports de désir
« J’écris avec un couteau pour couper les illusions » expliquait Fleisser. Personne ne semble donc pouvoir trouver le bonheur. Pas les soldats cantonnés dans la rustrerie - « la femme doit se taire quand on la prend » - qui cherchent à assouvir leurs désirs sans se laisser embobiner. Ni les jeunes filles enfermées dans des rôles traditionnels : l’amoureuse, la pute, la sainte...Sur le plateau, Philippe Beaunesne choisit de mêler les années 70 à l’entre-deux guerres, via un flipper et le personnage du fils du patron qui porte chemise cintrée, col pelle à tarte et pull jacquard. Est-ce à dire que d’une époque à l’autre, rien n’a changé ? Artifice discutable : certains personnages arborent l’accent picard qui ancre leur caractère populaire. Les comédiennes sont grandes, filiformes, taille mannequin. De vraies gravures de mode. Les soldats massifs dans leurs habits de toile grossière. De vrais lourdauds menaçants. L’ensemble semble dire : le combat qui se joue implique des archétypes qui se renouvellent au fil du temps. Dernier refrain dans la pièce un peu cabaret : « Everything must change ». On adhère. Les Pionniers ne laissent pas d’interroger sur la place octroyée à des formes figées des rapports de désir. Avec des variations farcesques, une intensité dramatique ininterrompue, toutes les qualités d’une mise en scène audacieuse et maîtrisée, un texte surprenant et percutant, et une interprétation parfois jubilante.
Eric Demey
A noter la collaboration artistique et musicale de Camille Rocailleux que nous avons déjà accueilli à plusieurs reprises aux côtés de Yannick Jaulin ou avec son spectacle jeune public Echoa :
Compositeur / Percussionniste / Metteur en scène
Né en 1977, il étudie le piano, l'écriture musicale et les percussions classiques de 1984 à 1999 et obtient le 1er Prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon.
Depuis 1997, il se produit au sein de formations diverses telles que l'Orchestre National de Lyon, l'Opéra National de Lyon, l'Orchestre National de Toulouse, l'Ensemble Odyssée…
En 2000, il fonde la Cie Arcosm avec Thomas Guerry, marquant ainsi le début d'une importante collaboration artistique et la création à ce jour de quatre pièces musicales et chorégraphiées Echoa, Lisa, La Mécanique des Anges et Traverse qui continuent de s'épanouir aujourd'hui grâce à des tournées nationales et internationales sur les cinq continents.
Par ailleurs, il reçoit de nombreuses commandes de compositions pour le théâtre en France et à l'étranger (Yannick Jaulin, Compagnie G. Savary, Laurent Brethomme, Karen Acioly, Mona Heftre…), pour le cinéma et la télévision (Gaël Morel, ARTE, Jean-Pierre Lledo…), pour des formations instrumentales (Orchestre Philharmonique du Luxembourg, Défilé de la Biennale de la Danse…), évolue dans le milieu de la chanson française et internationale aux côtés d'artistes tels que Daphné, Benjamin Biolay, Camille, Caroline Rose…
Plus récemment, il se voit confier une Carte Blanche à l'Espace Malraux (Scène Nationale de Chambéry) lui permettant d'approfondir son exploration du théâtre musical, imaginant des croisements atypiques entre des formes d'expressions très variées telles que les percussions corporelles, chant lyrique, growl death metal, human beat-box etc.
Etonnant. Pionniers à Ingolstadt est un texte étonnant de Marieluise Fleisser, auteure très peu connue en France et panthéonisée outre-Rhin, qu’à titre d’exemple Elfriede Jelinek a qualifiée de « plus grand auteur dramatique féminin du XXème siècle ». Originaire d’Ingolstadt, elle fut également compagne de Bertolt Brecht, à cette même période où elle écrivit cette singulière chronique dont l’action se situe dans son village natal. Des pionniers, soldats du génie, arrivent dans la bourgade bavaroise pour y construire un pont. Entre-deux guerres oblige, les hommes sont rares et le prestige de l’uniforme joue à plein sur les jeunes filles. Dans une brasserie où le désir palpite presque aussi fort que dans la maison de Bernarda Alba – trois demoiselles s’offrent chacune à leur manière aux soldats de passage, tandis que le fils du tenancier, selon son père « incapable d’initiative et de volonté », cherche désespérément à séduire la serveuse qui refuse à lui.
Désir et sentiments s’entremêlent selon des règles millénaires que Marieluise Fleisser traduit avec une violence incisive. Sur le plateau, Philippe Beaunesne choisit de mêler les années 70 à l’entre-deux guerres, via un flipper et le personnage du fils du patron qui porte chemise cintrée, col pelle à tarte et pull jacquard. Est-ce à dire que d’une époque à l’autre, rien n’a changé ?
L’ensemble semble dire : le combat qui se joue implique des archétypes qui se renouvellent au fil du temps. Dernier refrain dans la pièce un peu cabaret : « Everything must change ». On adhère. Les Pionniers ne laissent pas d’interroger sur la place octroyée à des formes figées des rapports de désir. Avec des variations farcesques, une intensité dramatique ininterrompue, toutes les qualités d’une mise en scène audacieuse et maîtrisée, un texte surprenant et percutant, et une interprétation parfois jubilante.
